Noué pour être dénoué
La trame de ce projet trouve son origine dans la rencontre d’Aurélie Lanoiselée avec Yoshika Yajima, doctorante à Osaka travaillant sur une thèse intitulée « La tradition des hanamusubi (nœuds de fleurs) dans la période Edo du point de vue du genre ». Les hanamusubi, shifuku, et shutara fonctionnent comme un codex, une pratique qui ne perdure que par la transmission manuelle. Le projet d’Aurélie Lanoiselée cherche, par la main l’aiguille et la couleur à questionner la pratique et l’objet « noué pour être dénoué » ; il s’articulera autour de la manière de rendre visible l’invisible, le tissu social d’un lien qui relie, la rencontre de la corde glissée et de la main, d’une pensée et d’un geste créateur de forme autour des matières exclusivement japonaises.
Chikasui
Après avoir mis en récit et cartographié les eaux souterraines de Kyoto à travers le projet « Water Calling » mené en collaboration avec Yoshiko Nagai, Isabelle Daëron souhaite développer une recherche sur les objets et dispositifs tels que les grilles, les bouches, les avaloirs ou les puits jouant le rôle d’interface avec des eaux invisibles, qu’il s’agisse des eaux du réseau ou de la nappe. Son objectif est d’ouvrir cette recherche à d’autres villes que Kyoto et in fine, dessiner des propositions d’objets pour l’espace public. Une piste pour la fin de la résidence serait d’organiser une promenade urbaine avec des propositions d’objets. Le sous-sol au Japon n’ayant pas la même charge symbolique qu’en Occident, c’est cette différence qu’Isabelle Daëron souhaite approfondir.
L’Orgue de papier
Pour ce Jeudi de la Villa Kujoyama, l’Orgue de papier sera activé par Muriel Marschal et Emi Ogura. Muriel Marschal a réécrit les mythes du Kojiki, pour en faire une cosmologie en neuf actes, une tentative de renouer avec le sens du sacré dans un monde désorienté. Chaque tableau de ce voyage, qui relate la genèse du monde et des dieux, est une vibration, une texture sonore, une mise en résonance des origines et des métamorphoses. La performeuse Emi Ogura prête sa voix au texte de Muriel Marschal et en prolonge les résonances par une interprétation mêlant parole, souffle et chant. Leur collaboration fait naître une performance où récits, sons et matières dialoguent étroitement, donnant corps aux scènes du Kojiki dans une expérience à la fois intime et universelle.
Love to Death
“Love to Death” est une pièce chorégraphique qui mêle la danse à une série d’objets plastiques : masque, costume et vidéo. Elle est structurée selon les cinq chapitres de “Yūkoku (Rites d’amour et de mort), film controversé réalisé en 1966 par Yukio Mishima, qui met en scène les derniers instants d’un couple sur le point de se donner la mort. Tourné en huis clos dans un théâtre Nô, il préfigure le seppuku de l’auteur lui-même en 1970. À travers cinq tableaux oscillant entre tragique et grotesque, réminiscences, métamorphoses, lip sync, harakiri et rituel d’adieu, le spectateur est invité à parcourir ces éléments comme on arpenterait une nouvelle éclatée dans l’espace. Entre gestes performatifs et langage poétique, l’œuvre explore notre relation à la mort, au désir et à la métamorphose.
Dans cette réappropriation libre du troisième chapitre, deux silhouettes dansantes, filmées indépendamment l’une de l’autre, semblent pourtant partager un même espace grâce à des procédés de surimpression et de montage. Les corps s’y croisent, se superposent et se fondent l’un dans l’autre, produisant l’illusion d’un duo hanté par une présence invisible. La vidéo active ainsi une relation fantomatique entre les figures, où l’image devient le lieu d’une rencontre impossible entre apparition et absence.
Shokudō
Le documentaire Shokudō, réalisé par Dimitri Krassoulia-Vronsky, accompagne le projet de recherche mené par Martin Planchaud dans le cadre de sa résidence 2025 à Villa Kujoyama. Pensé comme une exploration sensible et documentaire des formes de restauration collective au Japon, le projet interroge la cantine — shokudō en japonais — comme un espace social, politique et culturel révélateur des mutations de la société japonaise contemporaine. À travers des immersions dans des cantines scolaires, universitaires, ouvrières, populaires ou d’entreprise, le film observe la manière dont le repas partagé structure les rapports sociaux, transmet des savoirs et participe à la fabrication d’un collectif. L’enquête menée par Martin Planchaud s’intéresse autant aux gestes culinaires qu’aux dispositifs organisationnels : préparation des repas, circulation des produits, pédagogie alimentaire, architecture des lieux ou encore rôle des cuisiniers dans la vie quotidienne.